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L'actualité sociale de juin par Sarah Cabizza

  • 1 juil.
  • 7 min de lecture

Le mois de juin 2026 s'achève sur une actualité sociale dense, resserrée autour d'un même impératif : la vigilance documentaire et probatoire de l'employeur.


À l'approche de l'été, alors que les contraintes opérationnelles s'intensifient entre pics de chaleur et préparation des congés, le législateur et les juges rappellent aux entreprises que la conformité sociale ne connaît pas de trêve saisonnière.


Quatre évolutions dominent l'actualité de ce mois et méritent une attention particulière des dirigeants et responsables RH : le durcissement des sanctions applicables au document unique d'évaluation des risques professionnels, les obligations renforcées de l'employeur face aux épisodes de canicule, un arrêt de la Cour de cassation qui resserre l'étau probatoire en matière d'heures supplémentaires et de durées maximales de travail, et enfin une réforme qui va réduire la durée d'indemnisation chômage des salariés ayant conclu une rupture conventionnelle. Tour d'horizon de ces évolutions et de leurs impacts concrets pour votre entreprise.


PREVENTION DES RISQUES

DUERP : Fin de la tolérance, place aux sanctions

La loi du 25 juin 2026 relative à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales, publiée au Journal officiel, marque un tournant pour toutes les entreprises qui considéraient jusqu'ici le document unique d'évaluation des risques professionnels comme une formalité secondaire. Ce texte, dont l'objet premier vise la fraude sociale et fiscale, comporte un volet moins commenté mais tout aussi structurant pour les directions RH : le renforcement des sanctions applicables en cas d'absence ou de défaut de mise à jour du DUERP.


Pour mémoire, ce document doit être établi dès l'embauche du premier salarié et actualisé chaque année dans les entreprises d'au moins onze salariés. Il recense l'ensemble des risques professionnels identifiés au sein de l'entreprise et constitue, en cas de contrôle ou de contentieux, la pièce centrale permettant de démontrer que l'employeur a rempli son obligation de sécurité envers ses salariés.


Désormais, l'absence de DUERP ou le défaut de mise à jour expose l'employeur à une sanction pénale pouvant atteindre 7 500 euros, portée à 15 000 euros en cas de récidive. L'inspection du travail dispose en parallèle d'un pouvoir de sanction administrative propre, sous la forme d'un avertissement ou d'une amende plafonnée à 4 000 euros, applicable autant de fois qu'il y a de travailleurs concernés par le manquement, et pouvant être doublée en cas de récidive.


💡 Notre avis

Vérifiez sans délai l'existence, la date de mise à jour et la complétude de votre DUERP, en veillant à ce qu'il intègre les risques émergents propres à votre activité, y compris les risques liés aux fortes chaleurs. Chez T2F, nous recommandons d'inscrire cette vérification dans la routine annuelle de conformité sociale, au même titre que les échéances de paie.



Source : Loi n° 2026-534 du 25 juin 2026 relative à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales, art. 48 | entreprendre.service-public.gouv.fr


SANTE ET SECURITE AU TRAVAIL

Canicule : Des obligations de prévention désormais incontournables

L'épisode de canicule exceptionnel qui a placé de nombreux départements en vigilance rouge a remis sur le devant de la scène des obligations que trop d'employeurs continuent de sous-estimer. Depuis le 1er juillet 2025, un décret du 27 mai 2025 impose en effet un cadre de prévention structuré face aux épisodes de chaleur intense, avec quatre niveaux de vigilance météorologique déterminant des obligations croissantes : veille saisonnière, pic de chaleur, période de canicule, puis canicule extrême.


Dès l'atteinte du seuil de vigilance jaune, orange ou rouge, l'employeur doit mettre en œuvre des mesures concrètes : adaptation de l'organisation et des horaires de travail, aménagement des postes exposés, mise à disposition de moyens techniques limitant l'exposition à la chaleur, fourniture d'une eau potable fraîche en quantité suffisante, choix d'équipements adaptés et information renforcée des salariés.


Dans le secteur du bâtiment et des travaux publics ainsi que dans les travaux forestiers, l'employeur doit garantir au minimum trois litres d'eau par jour et par travailleur en l'absence d'eau courante, une obligation permanente et non conditionnée à un niveau de vigilance particulier.


actualité sociale de juin par Sarah Cabizza


Les préfets peuvent également décider, comme ce fut le cas à Toulouse le 22 juin, de suspendre les chantiers extérieurs du bâtiment et des travaux publics sur certaines plages horaires, avec des contrôles renforcés de l'inspection du travail durant toute la période de vigilance.


Autre point à ne pas négliger : le risque lié aux fortes chaleurs doit impérativement figurer dans le DUERP, ce qui relie directement cette obligation à l'actualité développée plus haut.


⚠️ Point de vigilance

Un plan de prévention canicule ne s'improvise pas le jour du pic de chaleur. Anticipez dès à présent, avant la pleine saison estivale, l'intégration de ce risque dans votre document unique, la formation de vos équipes et l'organisation matérielle de vos postes de travail exposés.



Source : Décret du 27 mai 2025 (en vigueur depuis le 1er juillet 2025) | Arrêté du 27 mai 2025 relatif aux seuils de vigilance météorologique | entreprendre.service-public.gouv.fr


TEMPS DE TRAVAIL:

Heures supplémentaires et durées maximales : La Cour de cassation resserre l'étau probatoire

Dans un arrêt du 20 mai 2026, la chambre sociale de la Cour de cassation a rendu une décision qui mérite l'attention de tous les employeurs, quelle que soit leur taille. Elle y articule deux enseignements distincts mais complémentaires, l'un et l'autre défavorables aux entreprises insuffisamment outillées sur le suivi du temps de travail.


Premier enseignement : une interdiction formelle d'accomplir des heures supplémentaires ne suffit pas à exonérer l'employeur du paiement de ces heures si la charge de travail réellement confiée au salarié rendait leur accomplissement objectivement nécessaire. Autrement dit, les juges recherchent la réalité de la situation de travail, au-delà de la seule consigne donnée sur le papier.


Second enseignement, plus structurant encore : s'agissant du respect des durées maximales légales, dix heures par jour et quarante-huit heures par semaine, la charge de la preuve pèse intégralement sur l'employeur. Ce n'est plus au salarié de démontrer un dépassement, c'est à l'entreprise de démontrer qu'il n'a pas eu lieu, au moyen de données fiables et archivées. Tout dépassement avéré ouvre droit à réparation sans que le salarié ait à prouver un préjudice spécifique, et peut, dans les cas les plus graves, être requalifié en travail dissimulé.


Pour les entreprises, l'enjeu est autant financier que probatoire. Un système de décompte du temps de travail fiable et archivé, une charge de travail régulièrement réévaluée avec les managers, et une vigilance particulière pour les salariés en forfait-jours constituent aujourd'hui la meilleure ligne de défense face à un contentieux prud'homal dont le coût peut rapidement devenir significatif.


⚠️Enjeu opérationnel

Assurez-vous de disposer d'un système de décompte du temps de travail horodaté et archivé pour chaque salarié, et formez vos managers à la détection des situations de surcharge. Pour les salariés en forfait-jours, l'entretien annuel de charge de travail doit être scrupuleusement tenu et documenté.



Source : Cass. soc., 20 mai 2026, n° 25-10.943 | Art. L. 3121-18 à L. 3121-23, L. 3121-27, L. 3121-28, L. 3171-4 et L. 3121-65 du Code du travail


ASSURANCE CHOMAGE

Rupture conventionnelle : Une indemnisation chômage revue à la baisse

La loi publiée au Journal officiel le 11 juin 2026 va réduire la durée maximale d'indemnisation chômage des salariés ayant conclu une rupture conventionnelle individuelle. Ce texte transpose un avenant conclu par les partenaires sociaux dans le cadre du protocole d'accord relatif à l'assurance chômage, et devrait s'appliquer aux ruptures intervenant à compter du 1er septembre 2026, sous réserve de la publication d'un arrêté ministériel d'agrément.


Concrètement, pour les salariés de moins de 55 ans, la durée maximale d'indemnisation passera de 18 à 15 mois. Pour les salariés de 55 ans et plus, elle sera ramenée à 20,5 mois, contre 22,5, voire jusqu'à 27 mois actuellement selon l'âge. Le principe sous-jacent de cette réforme est nouveau dans son approche : jusqu'ici, le mode de rupture du contrat de travail ne constituait pas un critère légal de modulation de la durée d'indemnisation.


La loi introduit désormais cette distinction, considérant qu'une rupture conclue d'un commun accord ne justifie pas la même protection qu'un licenciement subi par le salarié.


Cette évolution invite les entreprises à revoir leur calendrier et leur stratégie de négociation. Les ruptures conventionnelles engagées et finalisées avant le 1er septembre 2026 resteront soumises aux règles actuelles, ce qui peut, selon les situations et les profils de salariés concernés, avoir une incidence sur le calendrier optimal de mise en œuvre d'un projet de rupture amiable.


⚠️ Point de vigilance :

Si des ruptures conventionnelles sont envisagées dans votre entreprise, anticipez leur calendrier au regard de cette réforme et de son entrée en vigueur au 1er septembre 2026, encore soumise à la publication de l'arrêté d'agrément. Une analyse au cas par cas, notamment pour les salariés proches de 55 ans, est recommandée avant toute signature.



Source : Loi n° 2026-470 du 11 juin 2026 portant transposition de l'avenant n° 3 du 25 février 2026 au protocole d'accord du 10 novembre 2023 relatif à l'assurance chômage




Les quatre actualités de ce mois de juin partagent un même fil conducteur : elles renforcent, chacune à leur manière, les exigences de documentation et de preuve qui pèsent sur l'employeur. Le durcissement des sanctions liées au DUERP et les nouvelles obligations de prévention face à la canicule rappellent que la sécurité des salariés ne tolère plus d'approximation, sous peine de sanctions pénales et administratives cumulables. L'arrêt de la Cour de cassation sur les heures supplémentaires confirme que la maîtrise du temps de travail repose désormais presque entièrement sur la capacité de l'entreprise à produire une preuve fiable. La réforme de l'indemnisation chômage, enfin, rappelle que les dispositifs de rupture amiable évoluent et méritent d'être anticipés dans une logique de calendrier.


À l'approche de l'été, moment où la vigilance a naturellement tendance à se relâcher, ces évolutions invitent au contraire à un surcroît de rigueur :

  • mise à jour du document unique,

  • plan de prévention canicule formalisé,

  • fiabilisation des outils de suivi du temps de travail

  • et anticipation des projets de rupture conventionnelle.


Anticiper plutôt que subir, documenter plutôt qu'improviser, telle reste la meilleure protection juridique et financière de l'entreprise.


Les équipes T2F restent à votre disposition pour vous accompagner dans la mise en conformité de vos pratiques sociales et RH, l'anticipation de vos obligations de prévention, et le pilotage serein de vos projets de rupture de contrat.




Sarah Cabizza T2F

Le 01/07/2026

Par Sarah CABIZZA

Directrice du Pôle Social Groupe T2F Expert-Comptable

Tél. bureau : 05 61 54 39 60

Suivre sur LinkedIn : Sarah CABIZZA




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