Accueillir un stagiaire en entreprise : les obligations de l'employeur en 2026
Un dirigeant qui ouvre ses portes à un stagiaire pense d'abord à la mission qu'il va lui confier, rarement au cadre juridique qui l'entoure.
C'est pourtant ce cadre, plus que la qualité de l'encadrement pédagogique, qui expose l'entreprise en cas de contrôle - Quotas de stagiaires, durée plafonnée, gratification obligatoire au-delà de deux mois, convention tripartite : chaque manquement se traduit en amende administrative ou en action prud'homale, avec à la clef une requalification en contrat de travail que la Cour de cassation vient encore de rappeler en ce début d'année 2026.
Ce guide reprend, poste par poste, ce qu'un chef d'entreprise ou un responsable des ressources humaines doit verrouiller avant, pendant et après le stage.
Ce qu'est un stage, et ce qu'il n'est pas
Un stage est une période temporaire de mise en situation professionnelle. Il permet à un élève ou un étudiant de mettre en pratique les acquis de sa formation, en vue d'un diplôme ou d'une certification.
Le stagiaire n'est ni un salarié ni un candidat à l'embauche déguisé : il conserve le statut de travailleur, distinct de celui de salarié, et son accueil ne peut se substituer à un poste permanent.
L'accueil d'un stagiaire suppose un cursus dont le volume pédagogique atteint 200 heures minimum par année d'enseignement, dont 50 heures en présence des étudiants.
En dehors de ce cadre scolaire ou universitaire, l'entreprise ne peut pas signer de convention de stage. Les équipes RH de T2F Expert-Comptable recommandent de demander systématiquement l'attestation de l'établissement avant toute signature, plutôt que de se fier à la seule bonne foi de l'étudiant.
Deux encadrants sont obligatoires pendant toute la durée du stage : un enseignant référent désigné par l'établissement de formation, et un tuteur désigné par l'entreprise, chargé de l'accueil et de l'accompagnement au quotidien. Un même tuteur, salarié, ne peut suivre plus de trois stagiaires simultanément ; ce plafond descend à deux lorsque c'est le dirigeant lui-même qui assure le tutorat.
Missions, quotas et durée : Ce que l'entreprise peut faire
Des missions bornées par le projet pédagogique
Les tâches confiées au stagiaire doivent rester conformes au projet pédagogique fixé par la convention. Certains usages du stage sont expressément écartés par la loi, parce qu'ils masquent en réalité un poste salarié.
● Remplacer un salarié absent ou dont le contrat est suspendu
● Occuper un poste de travail permanent sur des tâches régulières
● Faire face à un accroissement temporaire d'activité
● Occuper un emploi à caractère saisonnier
● Confier des tâches dangereuses pour la santé ou la sécurité du stagiaire
Combien de stagiaires en même temps
Le nombre de conventions de stage en cours sur une même semaine civile dans l'entreprise dépend de son effectif.
En dessous de 20 salariés, le plafond est fixé à trois stagiaires.
À partir de 20 salariés, il s'élève à 15 % de l'effectif, arrondi à l'entier supérieur. Une entreprise de 88 personnes peut ainsi accueillir jusqu'à 14 stagiaires sur une même semaine, tous établissements confondus si la société n'a qu'une seule personnalité morale.
Avant de proposer un nouveau stage sur le même poste, l'entreprise doit également respecter un délai de carence égal au tiers de la durée du stage précédent. Pour un stage de six mois, il faut ainsi attendre deux mois avant d'accueillir le stagiaire suivant sur ce poste.
Six mois maximum, comptés en heures et non sur le calendrier
Un stagiaire ne peut rester plus de six mois par organisme d'accueil et par année d'enseignement. Ce plafond se calcule sur la présence effective : sept heures, consécutives ou non, comptent pour une journée, et 22 jours de présence comptent pour un mois. Le seuil des six mois est donc atteint dès 924 heures de présence effective, et non au bout d'un semestre civil. Le temps de présence hebdomadaire ne doit par ailleurs pas dépasser 35 heures, sauf dérogation prévue par la réglementation applicable au secteur.
La convention de stage : Ce qu'elle doit contenir
Tout stage donne lieu à la signature d'une convention tripartite entre l'entreprise, l'étudiant et son établissement de formation. Seuls les stages d'observation, comme ceux réalisés par des collégiens de troisième, échappent à cette obligation.
Avant signature, l'employeur vérifie que la convention comporte au minimum :
● l'intitulé complet du cursus et son volume horaire annuel
● les activités confiées et les compétences à acquérir
● le nom de l'enseignant référent et celui du tuteur en entreprise
● les dates de début et de fin, ainsi que la durée hebdomadaire maximale de présence
● les conditions d'autorisation d'absence
● le taux horaire de la gratification et les conditions de versement
● les avantages éventuellement accordés, notamment la restauration et l'hébergement
● le régime de protection sociale applicable, en particulier en cas d'accident du travail
Un mécanisme protège les stagiaires les plus longs : au-delà de deux mois de stage, la convention doit obligatoirement prévoir la possibilité de prendre des congés et des autorisations d'absence. En dessous de ce seuil, la clause reste facultative.
Gratification, remboursements et avantages
Le seuil des deux mois déclenche l'obligation de gratifier
La gratification mensuelle devient obligatoire dès que le stage dépasse deux mois consécutifs. Lorsque la présence n'est pas continue, l'obligation se déclenche à partir de la 309e heure de présence effective. En dessous de ce seuil, la gratification reste facultative et se négocie librement entre l'entreprise et le stagiaire.
Le montant plancher correspond à 15 % du plafond horaire de la sécurité sociale. L'arrêté du 22 décembre 2025 a fixé ce plafond horaire à 30 euros à compter du 1er janvier 2026, portant la gratification minimale à 4,50 euros par heure de présence effective, contre 4,35 euros en 2025. Tant que le taux horaire ne dépasse pas ce montant, l'entreprise reste exonérée de cotisations sociales, à l'exception de la cotisation accidents du travail et maladies professionnelles, qui demeure due. Une convention collective ou un accord de branche étendu peut prévoir un montant plus favorable, auquel cas c'est ce dernier qui s'applique. Les équipes du pôle social de T2F recalculent chaque année ce plancher pour leurs clients dès la publication du plafond de la sécurité sociale.
Des droits alignés sur ceux des salariés
Même sans statut de salarié, le stagiaire accède aux mêmes avantages que les équipes en poste : activités du comité social et économique, restaurant d'entreprise ou titres-restaurant. Le remboursement partiel des frais de transport public entre le domicile et le lieu de stage est une obligation distincte, due en plus de la gratification. Les frais de transport personnel engagés pour se rendre sur place ne sont, en revanche, pas pris en charge de façon obligatoire.
Fin de stage, embauche et risque de requalification
À l'issue du stage, l'entreprise remet au stagiaire une attestation mentionnant la durée effective de sa présence et, le cas échéant, le montant total de la gratification versée. Rien n'empêche ensuite d'embaucher le stagiaire : sous conditions, il bénéficie alors d'une période d'essai réduite et la durée du stage est prise en compte dans le calcul de son ancienneté.
Le risque principal se situe en amont, lorsque le stage sert en réalité à occuper un poste durable.
Dans un arrêt du 7 janvier 2026, la chambre sociale de la Cour de cassation a cassé une décision de cour d'appel qui avait validé trois conventions de stage successives conclues avec le même étudiant, alors que la durée cumulée de deux d'entre elles atteignait dix mois sur une même année d'enseignement et dans le même organisme d'accueil. Pour la Haute juridiction, le dépassement du plafond légal s'apprécie sur l'ensemble des stages effectués auprès du même organisme au cours de l'année d'enseignement, et non stage par stage. Une décision de la cour d'appel de Versailles du 28 février 2024 avait déjà requalifié en contrat à durée indéterminée la relation d'une stagiaire avocate, en retenant qu'un lien de subordination caractérisé prime sur la dénomination donnée par les parties à leur convention.
La méconnaissance des règles de tutorat, de quota ou de temps de présence est constatée par l'inspection du travail et sanctionnée par une amende administrative pouvant atteindre 2 000 euros par stagiaire concerné, portée à 4 000 euros en cas de réitération dans l'année suivant la première amende.
Sur le plan des formalités, l'absence de statut salarié dispense de déclaration préalable à l'embauche auprès de l'Urssaf. Le stagiaire doit en revanche être mentionné dans une rubrique dédiée du registre unique du personnel dès son arrivée.
Ce qu'un dirigeant peut mettre en place dès maintenant
Un tableau de suivi des heures de présence, tenu dès le premier jour, évite le franchissement involontaire du plafond de 924 heures et sécurise le calcul du seuil des 309 heures ouvrant droit à gratification. Il permet aussi de documenter, en cas de contrôle, que le stage est resté dans les clous fixés par la convention.
A retenir :
Le quota de stagiaires simultanés dépend de l'effectif : trois en dessous de 20 salariés, 15 % de l'effectif au-delà.
La durée maximale de six mois se compte en heures de présence effective, soit 924 heures, et non sur le calendrier civil.
La gratification devient obligatoire au-delà de deux mois, ou de 309 heures de présence non continue, à un taux plancher de 4,50 euros par heure depuis le 1er janvier 2026.
La convention tripartite doit mentionner le tuteur, les missions, la durée hebdomadaire et le régime de protection sociale applicable.
Un stage utilisé pour occuper un poste durable expose à une requalification en contrat de travail, comme l'a rappelé la Cour de cassation le 7 janvier 2026.

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Sources : Code de l'éducation, articles L.124-6 à L.124-17 et R.124-10 ; arrêté du 22 décembre 2025 portant fixation du plafond de la sécurité sociale pour 2026 ; Cass. soc., 7 janvier 2026, pourvoi n° E 24-12.244 ; CA Versailles, 28 février 2024 ; service-public.fr.









